Mardi 24 février 2009 2 24 /02 /Fév /2009 22:12
Divers auteurs ont décrit ce moment de mutation selon des termes différents, Benoît Bayle nous en rappelle les principaux (3)  :

- DW Winnicott parle  de la « préoccupation maternelle primaire » qui est un état d’hypersensibilité  qui croît tout au long de la grossesse, au cours duquel « un des aspects de la personnalité de la mère prend temporairement le dessus », à la manière d’un épisode schizoïde, ce qui lui permet à la naissance de se « mettre à la place de son enfant et répondre à ses besoins ». Dans les semaines qui suivent la naissance, cet état régresse et la femme n’en garde presque aucun souvenir.

- Pour PC Racamier aussi, le processus de « maternalité » tend vers une modalité psychotique normale et réversible. Le psychisme de la femme  se concentre sur le fœtus de manière narcissique et fusionnelle. Mais la mère a aussi tendance à se confondre, ou à confondre son propre corps portant le fœtus, avec le fœtus. A la naissance, la femme retrouve progressivement son fonctionnement psychique antérieur mais pour Racamier «  c’est à cette condition, on le sait, que la mère peut réellement être pour l’enfant le moi qu’il n’ a pas encore, mais qu’il va construire justement sur les bases de cette relation. C’est aussi à cette condition que la femme est capable de pressentir les besoins et les états de son enfant. »

- Quant à  Monique Bydlowski, elle décrit  la « transparence psychique ». Il s’agit tout d’abord « d’un état d’appel à l’aide latent et quasi permanent » envers un référent. Et deuxièmement, les femmes semblent faire une corrélation entre la grossesse et leur propre enfance de manière privilégiée, ceci étant favorisé par l’hyperinvestissement narcissique du nouvel objet psychique qu’est l’enfant. Elles ont ainsi accès à des contenus inconscients habituellement refoulés. Elles revivent des conflits archaïques de leur propre enfance, notamment le conflit oedipien. Cela peut se dérouler plus ou moins facilement selon comment  ces conflits ont été résolu dans le passé. Cette phase est nécessaire pour permettre l’identification de la future maman à sa propre mère. Ces remaniements psychiques normaux, peuvent parfois être à l’origine de symptômes dépressifs plus ou moins francs. La reviviscence d’évènements douloureux anciens depuis longtemps refoulés peut être vécue de manière très intrusive et déstabilisante par les femmes.

 

Quels que soient les auteurs, tous postulent que ces remaniements sont nécessaires au bon établissement du lien mère-enfant. Or, une femme qui souffre de dépression ne pourra probablement pas vivre sereinement ce temps de  maternogenèse parce qu’elle sera  prise dans ses symptômes dépressifs. Pour s’anticiper mère, il faut s’anticiper mère « suffisamment bonne », ce qui est difficile pour une femme souffrant de dépression. Winnicott dit « qu’une femme doit être en bonne santé pour atteindre cet état (de préoccupation maternelle primaire), et pour s’en guérir quand l’enfant l’en délivre (3)».

La dépression empêchera parfois la mère d’atteindre l’état de préoccupation maternelle primaire. Quand viendra le temps de s’occuper réellement du bébé, elle ne sera pas prête à s’investir physiquement et psychiquement dans cette nouvelle relation, quand bien même la dépression serait résolue car elle n’aura pas eu le temps de se préparer à accueillir le nourrisson ni de se préparer à être mère. Winnicott pense que le « défaut d’adaptation de la mère au stade le plus précoce ne produit rien d’autre que l’annihilation du self chez le petit enfant ». L’économie du travail de  maternogenèse  est impossible,  sinon la relation mère-enfant se développe sur de mauvaises bases et la mère n’est pas capable de répondre adéquatement aux besoins de son enfant.


(1) Bydlowski M.
Je rêve d’un enfant : l’expérience intérieure de la maternité.
Paris : Odile Jacob ; 2000
 
(2) Bydlowski M.
La dette de vie : itinéraire psychanalytique de la maternité. 3ème ed.
Paris : Presses Universitaires de France ; 2000.

(3) Bayle B.
Contribution à l’étude psychologique de la grossesse.
In : L’enfant à naître : identité conceptionnelle et gestation psychique.
Ramonville Saint-Agne : Erès ; 2005. p. 305-68.

 
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Jeudi 19 février 2009 4 19 /02 /Fév /2009 20:28
Dans les constellations et la restauration du mouvement interrompu, nous pouvons observer combien l’état psychique de la mère porte à conséquence sur la construction psychique de l’enfant et de l’adulte à venir, donc sur le système tout entier. Nous observons souvent des femmes dépressives, voire des lignées de femmes dépressives dont les grossesses ont été un poids ce qui donnent aux enfants l’impression d’être un fardeau, une “erreur”, un mal-aimé pas aimable voire une malédiction.

Car, comme le souligne Maud Perreau “ même une dépression mineure, lorsqu’elle  survient pendant la grossesse, censée être un moment de joie pour la femme, entraîne une grossesse difficile et une préparation à la maternité difficile voire impossible. La grossesse est en effet un moment de remaniement psychique important pour la femme, qui lui permet de se préparer à  son rôle de mère.”

Pour nous aider à comprendre ce qui se passe dans cette période fondatrice, tant pour la mère que pour l’enfant, voici des extraits de la thèse en médecine de Maud Perreau,  intitulée “La dépression pendant la grossesse : enjeux diagnostiques et thérapeutiques actuels”. Avoir plus de réalités et de compréhension sur  les difficultés que peuvent rencontrer les femmes à être mères apportent discernement et tolérance. Cela permet de mieux  appréhender la souffrance que les mères et les enfants doivent traverser, la plupart du temps démunis. Cela peut  faciliter  ce mouvement paradoxal qui est de laisser ce qui est malsain pour mieux prendre en soi cette vie transmise par nos mères.

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La mère

E
xtait de la thèse de docteur en médecine
Maud Perreau
1ère partie
 
La femme en proie à des sentiments dépressifs pendant la grossesse, moment réputé de plénitude et d’accomplissement de la féminité,  se sent doublement coupable de son malaise. Elle se sent « moins que
rien » à un moment où elle devrait être toute à son bonheur d’être bientôt mère. A moins que justement ce ne soient ses difficultés à devenir mère qui s’expriment sous la forme d’une dépression ? Nous allons premièrement décrire les remaniements psychiques de la mère qui peuvent être difficiles, puis nous évoquerons le risque suicidaire inhérent à toute dépression.

 

a)   Adaptation à la maternité
 

Les remaniements psychologiques qui ont lieu pendant la grossesse sont maintenant bien connus, ils sont même nécessaires au bon établissement du lien entre la mère et son bébé.

L’accession au statut de parent entraîne une modification de la structure familiale et personnelle. Les parents deviennent grands-parents et les enfants à leur tour deviennent parents : cela implique pour tous les protagonistes d’affronter leur vieillissement et  l’avenir de leur mort. Les futurs grands-parents doivent valider leurs enfants en tant qu’adultes responsables et aptes à élever des enfants. Les futurs parents doivent pouvoir s’appuyer sur leurs propres parents pour apprivoiser le  rôle qui sera bientôt le leur. 

Tout commence par le désir d’enfant. La maîtrise des naissances grâce à la contraception a changé la façon d’aborder la maternité et fait peser de lourdes responsabilités sur les couples. Ce n’est plus le hasard qui décide de la conception d’un enfant mais eux. Dans le cas d’une grossesse non planifiée, le non-recours à l’avortement valide le désir d’enfant. L’enfant est donc le fruit de leur désir.

Pour Monique Bydlowski (1) , ce désir se construit progressivement dès l’enfance, d’abord par l’identification de la petite fille à sa mère,  puis par son amour et son désir d’enfant du père, pour se terminer à l’âge adulte par le désir d’avoir un enfant avec l’homme choisi. Ce processus peut donc être mis à mal quand des évènements empêchent l’identification à la mère ou l’amour du père. Par exemple, une enfant maltraitée ou négligée par sa mère aura du mal ou ne pourra pas s’identifier à elle et ne pourra pas assumer pleinement son désir d’enfant.

Si elle devient malgré tout enceinte il est possible que ce soit un moment particulièrement difficile pour elle. Monique Bydlowski cite G. Groddeck  selon qui « les femmes qui détestent leur mère n’ont pas d’enfants (1)." L’aptitude à devenir mère implique en effet la reconnaissance d’une gratitude à l’égard de celle qui a donné initialement la vie. C’est ce qu’elle nomme la dette de vie ( 2).


Le désir d’enfant peut aussi être motivé par des situations difficiles : résoudre un conflit conjugal,  « soigner » son mal-être en s’occupant d’un bébé... Autant de cas où l’accession à la maternité risque d’être difficile. 

Par ailleurs le fait de choisir la venue d’un enfant entraîne des doutes. Qui dit choix, dit peut-être mauvais choix. Même chez les femmes qui ressentent ce désir d’enfant de manière très authentique,  bien souvent ce sentiment est teinté d’ambivalence. «  Est-ce vraiment  le bon moment ? », « Vais-je être à la hauteur ? ». Autant de questions que les générations précédentes ne se posaient probablement pas en ces termes et qui renferment le devoir d’être un  parent parfait. Certaines femmes peuvent vivre de façon dramatique et très culpabilisante ces interrogations.

Ces dernières sont toutefois généralement normales et n’entravent pas le fonctionnement de la personne, bien au contraire, elles font partie de la construction de la future maman. En effet, la grossesse est le temps nécessaire à l’embryogenèse mais aussi à ce que nous nommerons la « maternogenèse ». C’est à dire que la femme a besoin du temps de la grossesse pour se sentir devenir mère ; des remaniements psychiques importants sont à l’oeuvre et sont nécessaires pour préparer la mère à son nouveau rôle.



Bibliographie
1) Bydlowski M.
Je rêve d’un enfant : l’expérience intérieure de la maternité.
Paris : Odile Jacob ; 2000

(2) Bydlowski M.
La dette de vie : itinéraire psychanalytique de la maternité. 3ème ed.
Paris : Presses Universitaires de France ; 2000.
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Jeudi 12 février 2009 4 12 /02 /Fév /2009 19:22

La peur d’être abandonné
Par Bert Hellinger 
extrait de Pour que l’amour réussisse


Quand quelqu’un veut quitter son partenaire, il se produit souvent une réaction étrange qu’il n’est pas facile d’expliquer. Le partenaire qui est abandonné a peur de mourir. Il a le sentiment qu’en perdant son partenaire, il perd ainsi la vie. C’est exactement la situation dans laquelle se retrouve le petit enfant subitement abandonné par sa mère. Il est pris d’une grande peur et saisi de panique.

En observant l’expression du visage d’une personne adulte abandonnée, on peut en déduire si ces peurs sont dans son ressenti d’enfant et quel âge elles ont. Par exemple, ont-elles deux ou quatre ans ?

Si, par contre, la personne abandonnée est dans son ressenti d’adulte, elle ne sera jamais complètement démunie. Elle sait que sa vie ne dépend pas du fait que le partenaire reste ou s’en aille.

Si l’un des partenaires vit souvent et fortement dans son ressenti d’enfant, la relation est en danger. Il arrive qu’un partenaire dise à l’autre : si tu me quittes, je me tue, la vie n’aura plus de sens pour moi ! ce faisant, l’autre partenaire entre dans le rôle de la mère, qui doit veiller à la survie de l’enfant. Il cesse donc d’être un partenaire, et il ne reste plus d’autre solution que de renoncer à cette relation.

La lutte de l’un des partenaires pour garder l’autre tire souvent son énergie de la peur de l’enfant de perdre sa mère. L’exigence de fidélité ne s’adresse donc pas tant au conjoint qu’à la mère. De même, la fidélité inconditionnelle de l’un des partenaires, en particulier quand elle se manifeste dans un dévouement total, n’est que le transfert de la fidélité de l’enfant à sa mère sur le ou la partenaire. Elle prend ainsi un aspect irréel.

Pour qu’une relation de couple réussisse, il est important que chacun cherche dans l’autre un partenaire et non une mère.


Chacun manifeste l’amour à sa manière

et il n’y a pas qu’une seule forme...

Béatrice B.
*************



Point de vue de Christiane

Beaucoup de personnes qui ont vécu une rupture d’élan ont tendance à être solitaires, à craindre la relation car trop dangereuse parce qu’elle réactive le risque d’abandon, de séparation, d’être différencié et ainsi livré à cette béance qu’est le désespoir du petit enfant qui doit trouver, seul, des stratégies pour survivre.

Une personne qui a vécu un élan interrompu, dont la mère n’a pas pu être accueillante, enveloppante et qui n’a pas pu recevoir toute la sécurité nécessaire à son développement risque de demander beaucoup à son partenaire, tout en s’en défendant, parfois ; elle va attendre, de façon très inconsciente, qu’il répare et comble le vide, les manques affectifs. Le partenaire est alors conçu, espéré, regardé comme la mère idéale ou le père idéal qui va donner l’élan à exister. La relation est le lieu de projection d’un amour idéal et idéalisé qui relève de la pensée magique et de l’illusion.

Il en est de même pour toute personne qui n’a pas pu prendre sa mère ou son père parce qu’eux-mêmes n’ont pu prendre le soutien et la sécurité que leurs propres parents étaient sensés leur donner. L’enfant perçoit que même si les parents sont là physiquement, ils sont absents, leur attention prisonnière de leur histoire, de leur passé et qu’il n’y a personne sur qui s’appuyer. Personne n’est là pour lui, avec lui et au pire, le parent redevient le petit si bien que l’enfant est abandonné en tant qu’enfant.

Alors adultes, nous tentons de compenser ces carences affectives, ces absences de liens  dans nos relations amoureuses. Ces attentes projetées sur l’autre  sont impossibles à satisfaire. Celui qui se sent l’objet de telles attentes est démuni, impuissant et souvent, a tendance à vouloir se dégager de la relation. Il y a un déséquilibre entre prendre et donner qui s’installe.  Cela conduit à la dépendance mutuelle où personne ne peut s’épanouir. Est ce de l’amour lorsque nous ne tolérons pas que l’autre s’éloigne ou lorsque nous lui rendons cet éloignement invivable ?

La relation ne se situe plus sur un plan d’égalité. Un couple est constitué de deux personnes égales dans ce qu’elles ont et ce qu’elles n’ont pas. Ils sont co-créateurs de leur système actuel car arrivés au même moment, donc sur le même niveau hiérarchique. Chacune des personnes est à même de dire à l’autre : tel que tu es, tu me conviens. Et ensemble, nous allons croître. Les difficultés, les épreuves sont des moyens de grandir et d’approfondir la relation par une communication vivante, sans tomber dans un sacrifice de l’un ou de l’autre. Quand chacun est à sa place d’adulte, la relation devient alors un chemin où chacun peut aller à la rencontre de lui-même.

Pour cela, les abandons primaires, réels ou vécus comme tels, devront être travaillés, nommés, expérimentés pour les vider de leur contenu douloureux et les intégrer à notre réalité. La restauration du mouvement interrompu, les constellations, entre autres,  vont participer à ce mouvement d’intégration qui aide à transformer la souffrance en conscience et en source d’évolution. Ces processus thérapeutiques vont permettre d’unifier les parties souffrantes, de trouver une voie vers la plénitude.

Une personne qui s’est bien “remplie” auprès de ses parents, même des parents symboliques, qui s’est suffisamment attachée à ses parents peut facilement se détacher pour s’ouvrir à une relation de femme et d’homme tournés vers leurs besoins fondamentaux et leurs intentions communes. Elle sort de ce rêve idyllique propre à l’état amoureux, de l’ aveuglement pour construire une relation lucide où aimer rime avec compréhension et responsabilité.

Le travail sur soi permet cette mutation. Il ne s’agit pas de nier ces souffrances réelles ou ressenties par l’enfant, il s’agit de les accueillir pleinement, peu à peu, pour que la survie ne dépende plus de l’autre mais s’inscrive dans un mouvement de vie et d’autonomie.



Pour aimer il faut être prêt à accueillir deux solitudes,
la sienne et celle de l’autre.

Aimer, c’est dire à quelqu’un : oui, je t’aime tel que tu es.

Même si tu ne corresponds pas à mes rêves et à mes espoirs,
le fait que tu existes me réjouit davantage que mes rêves.

Andé Comte-Sponville


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Lundi 9 février 2009 1 09 /02 /Fév /2009 15:47
Nous sommes moins libres que nous le croyons

 mais nous avons la possibilité de conquérir notre liberté

et de sortir du destin répétitif de notre histoire

en comprenant les liens complexes

qui se sont tissés dans notre famille.

Anne Ancelin Schützenberger



Partage de Catherine

Avec le temps et des explications franches (?), le ressentiment s'estompe. Mais la confiance, elle, ne revient pas si facilement. Tu as raison, c'est un sorte de mort qui nous rattrape dès que l'on arrête de tourner dans la centrifugeuse de la société. Mais la marque est là, indélébile car la méfiance fait en sorte que l'on ne désire même plus faire le chemin à l'envers pour retrouver le cours "normal" du mouvement. Fut un temps où je désirais ce réconfort, maintenant il me paraît vain et inutile. C'est ce en quoi je te dis que je ne suis pas prête. Peut-être est-ce la peur de souffrir à nouveau ?

La maternité "casse" pour un temps ce cercle infernal et j'ai pensé récupérer le mouvement à ce moment là. Hélas, les enfants quittent le nid et c'est normal, c'est le but de l'éducation qu'on leur apporte. L'oiseau doit un jour voler de ses propres ailes et dans les meilleures conditions possibles. Peut-être les petits enfants me permettront-ils de retrouver cette vie affective si enfouie au fond de moi. Eux seuls, pour le moment, me donneront la force de faire le pas et me laisser-aller en toute confiance vers l'Amour.

 Je "fais" beaucoup de choses, mais je ne ressens rien, peut-être quelques fois un peu de révolte ou de colère. Mais à quoi bon ! C'est ça la dépression ? Alors je la traîne depuis longtemps... Ce qui n'empêche pas de se battre à l'extérieur pour sa famille. Quel antagonisme ! La pêche à l'extérieur, la mort à l'intérieur !



Point de vue de Christiane

Voici un partage exprime très bien les mécanismes de survie suite à un un élan interrompu. Les mots en disent long sur cette blessure....

Je ne peux  que te dire qu il y a un chemin pour retrouver la confiance,  le vouloir vivre et la vie à l’ intérieur au lieu de la mort. Et ce chemin est de vivre nos expériences tramatiques non terminées qui sont là, maintenant et qui prennent beaucoup d’attention, donc d’unités de vie, de présence. Dans un trauma non résolu, non conscientisé il y a beaucoup d’attention, d’énergie bloquées, refoulées.  Et pour ne pas être submergés par ce contenu douloureux, nous le maintenons à distance ce qui prend encore beaucoup de présence. C'est l'anatomie du refoulement. Ce cycle passé est le présent. Ou dit autrement, nous ne vivons pas dans le présent et sommes bloqués  à l'âge où a eu lieu la blessure.

Un ressentiment qui s’estompe indique qu’il est toujours là. Estompé ne veut pas dire dissout. Le cycle est toujours ouvert et il suffit d’un incident parfois minime du quotidien pour que la douleur soit réactivée.  Et quand tu dis “ne plus ressentir” cela indique que, peut être,  tu sens déjà beaucoup trop et que tu tentes d'anesthésier le ressentiment et tout ce qui va avec.

Pour dissoudre une souffrance, c’est à dire pour la transformer en conscience et forces de vie, nous devons en faire l’expérience dans le temps présent, de façon consciente et délibérée. Au lieu de subir cette souffrance, au lieu de tenter de l’ignorer, nous la prenons avec nous, en y faisant face, en la traversant, c’est à dire en faisant l’expérience des douleurs et émotions jusque-là bloquées, évitées, refusées car ingérables pour un petit enfant.

Cette expérience va libérer de la charge émotionnelles et permettre, si suffisamment de charge a été dégagée, de conscientiser les résolutions ou décisions prises lors de l’incident. Résolutions qui conditionnent toujours notre temps présent car elles sont enfouies mais pleinement actives ; les programmes comme "je suis seul, je n’ai besoin de personnes, le monde est dangereux" façonnent nos comportements, dictent leurs lois implacables et nous croyons que c' est normal. Certains diront "c’est mon destin, c’est mon karma" !!!

Expérimenter un trauma, c’est entrer en communication avec celui-ci, avec ses affects, avec tout ce qui le constitue ; c’est exprimer ses douleurs, ses mots retenus, ses émotions contenues, tout ce qui empêche d’exister pleinement et sereinement. Ainsi la compréhension naît pour soi, ses schémas, pour  les  protagonistes de l’histoire, en l’occurrence notre mère, notre père, notre famille. Et rappelez-vous le triangle de la compassion...

Si nous comprenons,  nous retrouvons de l’affinité pour les choses et les personnes. Nous retrouvons de l’affinité à aller vers notre mère, notre père, notre propre existence. Et la compréhension est proportionnelle à notre capacité à être effet de la douleur. Plus nous pouvons accueillir ce qui a été, plus nous nous en libérons et retrouvons nos capacités à choisir et assumer nos responsabilités, notre autonomie.

La maternité peut pour un temps effectivement mettre du baume sur la douleur d’un parent ; mais est-ce le rôle d’un enfant de panser les souffrances de son parent ? Est-ce à un enfant de donner l’élan de vie à son parent ? Nous entendons dans les placements et restaurations de mouvements interrompus des enfants en colère, voire en rage,  à qui les parents ont volé leur innocence, leur insouciance, leur enfance. et cela se répète souvent depuis  plusieurs générations. Ainsi se perpétue la névrose, les dépressions dans les familles.
Et c’est une inversion du flux de vie qui va des descendants vers les ascendants alors qu’il devrait aller des ancêtres vers les nouveaux nés ! Le plus cadeau que nous puissions faire à nos propres enfants n’est il pas d’être soi-même heureux ?! D’être soi-même, entier ?!

Faire beaucoup de choses à l’extérieur pour la famille est peut être un mode de survie ; il est moins douloureux, à un certain niveau, de s’occuper des autres que de s’occuper de sa propre souffrance. S’occuper de sa famille évite parfois de ressentir pleinement le vide et la détresse qui nous habitent. Pour d’autres, s’occuper de la famille est aussi motivé par une intention inavouée de recevoir, en retour, un peu de cet amour, de cette reconnaissance qui ont tant manqué dans l'enfance. Et ainsi ce donner risque d’être fort épuisant...

La colère est une énergie puissante qui permet de retrouver l’élan vital et la  capacité à agir. Mais si vient ensuite une contre énergie du genre  “à quoi bon, il n’y a rien à faire”, qui fait partie de ces programmes de base de la petit enfance, la colère et l’action seront réprimées. Et quand deux intentions se heurtent ainsi, cela crée de la charge émotionnelle, de la résistance et donc une pression, une tension que nous tenterons d’éliminer par une dé-pression qui entraînera un ton émotionnel bas comme apathie, “la mort à l’intérieur”.
 
À ce moment là, nous pouvons regarder si  le chemin emprunté était bien le bon ou si nous étions  assez préparés ou suffisamment accompagnés...

Oui, il y a un chemin. Il est long et  demande persévérance mais c ‘est possible. De toute façon si nous ne faisons pas ce chemin... Nous serons  “faits” par nos souffrances.. Et c’est comme une dé-faite qui aura un goût amer jusqu’à la fin de nos jours. Que nous reste –t-il alors comme choix : rester sur la défaite ou continuer à nous clarifier, à grandir en conscience afin de retrouver nos certitudes de créateur ? D'ETRE....

Christiane Perreau
Publié dans : Le mouvement interrompu
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Mardi 3 février 2009 2 03 /02 /Fév /2009 19:49
 
La restauration du mouvement interrompu est un processus thérapeutique au sein d’un processus systémique. C’est un mouvement émotionnel ; il ne s’agit pas d’une identification. Un enfant qui a vécu cette rupture de lien sera un adulte qui reste avec la crainte, si ce n’est la hantise, de  revivre une telle blessure alors que sa survie dépendait du lien à la mère. 

Pour restaurer ce mouvement, la personne a besoin de retourner là où l’amour s’est arrêté.

Soit ce mouvement est restauré dans le cadre d’une constellation et souvent, il s’avère que la mère a également vécu ce traumatisme ; alors le premier pas à faire sera qu’elle puisse elle-même recevoir du soutien, prendre la force, la vie de sa propre mère. Une mère qui est incertaine, pas solide, inattentive, dispersée, déprimée  va demander à l'enfant d'être son parent, inconsciemment..... et il répondra à cette demande car sa survie en dépend. Il croit qu'en donnant de l'attention à son parent, il en recevra en retour, par exemple. L'enfant ne peut retourner vers sa mère que si le danger d’être confronté au vide, au néant est écarté.

Soit ce mouvement est pansé par le bonding (éteinte codifiée) de Jirina Prekop où le praticien tient la personne dans ses bras et lui offre la possibilité d’exprimer toutes ses émotions sans pour autant que le lien soit interrompu. “On prend la personne qui est en détresse psychique dans ses bras, avec beaucoup d’amour et aussi longtemps qu’il le faudra pour qu’elle se sente apaisée. Grâce à ce contact physique bienveillant, elle pourra crier sa douleur, son angoisse, sa colère, enfin exprimer sa tristesse et pleurer, et se sentir malgré tout –et peut-être même pour cela- aimée” Franke

Dans les ateliers que nous proposons sur ce thème,  les personnes travaillent par deux et ainsi une personne devient, le temps de la restauration, la mère d’un participant : elle est le réceptacle de la douleur de l’enfant et lui offre un espace de sécurité, d'écoute, de tendresse où il peut s’abandonner comme un tout petit enfant. Ce processus est bien entendu accompagné par les thérapeutes qui facilitent l’expression des émotions refoulées et du contact.

Une personne adulte qui peut mener à terme ce mouvement va se sentir acceptée et aimée ; et elle peut s’aimer et devenir aimante, confiante, avec des relations  fluides et spontanées.

L’exemple condensé qui suit est issu de la pratique, lors d'un stage de constellations. Le praticien laisse ce mouvement d’amour s’écouler vers la mère de ce petit enfant.
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Demande d’André

Plus le travail avance, plus je vois que ce qui me manque le plus, c’est ce sentiment d’amour.... J’ai l’impression que je ne sais pas ce que c’est que d’aimer ou d’être aimé. J’ai jamais su......(sa voix s’étrangle et ses yeux expriment une angoisse grandissante).
Ce qui me frappe, c’est que je n’ai aucun souvenir de ma mère et de mon enfance. Rien, rien du tout....(long silence).
Je me rappelle mon père ; lui s’occupait de moi mais ma mère, rien....rien. Je me revois vers les 2 ans aller avec mon père. Mais ma mère rien.... Pourquoi je n’étais pas à côté de ma mère, pourquoi elle était pas là ?? (sa voix est de plus en plus faible, comme celle d’un tout petit enfant  qui aurait environ 2 ans et il est très agité).

Je lui demande de rester en contact avec  toutes ses impressions et il me dit que c’est comme s’il descendait dans un trou profond et noir. André ressent une grande frayeur et dit qu’il va être aspiré par ce trou.......et il souhaite remonter.

Très doucement, je l’invite à garder le contact avec son ressenti et à se tourner vers moi. Ses yeux sont pleins d’effroi. Il tremble,  paniqué. Je l’encourage à descendre dans ce trou et à rester tout petit.

André a très peur et résiste à aller plus loin. Recontacter la blessure originelle est très douloureux et il s’en défend. Quelques explications sur ce qui se passe, rassure la personne et lui permet de faire un pas de plus. André ne veut pas aller plus loin et il se met à pleurer.

Délicatement j‘approche la tête d’André vers mon épaule et le prend dans mes bras. Je lui propose de mettre ses bras sur mes épaules lorsqu il le pourra et le voudra. à son rythme.

Il est invité à respirer profondément et lentement. Il tremble beaucoup et de profonds sanglots jaillissent. Au bout de 10 minutes environ, il dit que sa mère est présente. Il peut la voir et à ce moment-là il peut mettre
ses bras sur mes épaules. Il respire toujours doucement par la bouche. À nouveau quelques explications sur cet élan interrompu lui facilitent le processus.

Au bout d’une vingtaine de minutes, André se sent soulagé et il se détache et se redresse. Il dit alors qu’il est tranquille et rempli. Il a l’impression de découvrir le monde avec une vision plus large. Le monde lui semble plus accueillant et il se sent relié et avec de la force.

Il ferme alors les yeux et dit que sa mère est là. Je l’invite à la regarder dans les yeux ; à nouveau des sanglots arrivent mais il dit que maintenant il peut aller vers elle ce qu’il fait, doucement. André dit qu’il souhaite aller dans les bras de sa mère et la serrer.
je l’invite à le faire et alors il lâche sa tête sur sa poitrine et reste un moment dans ce contact.

Lorsqu’il ouvre les yeux, il ne voit plus sa mère : je l’ai perdue dit-il avec appréhension.

Je l’invite à bien regarder et ne pas bouger :

ah oui elle est là, je vois ses jambes mais pas son visage

Je l’encourage à maintenir son attention :
maintenant je vois son buste.......silence.... maintenant je vois son visage ; elle m’attend et me tend les bras. Et je peux aller vers elle - ce qu’il fait.

En ouvrant à nouveau les yeux, il dit qu’il voulait s’assurer que sa mère reviendrait bien et qu’il n’allait pas la perdre.

Ainsi un nouveau lien est-il initié et André témoigne de son envie de prendre ses enfants dans ses bras comme il vient de le vivre, ce qu’il n’a jamais fait.

Christiane Perreau
Publié dans : Le mouvement interrompu
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Vendredi 30 janvier 2009 5 30 /01 /Jan /2009 20:47

Extrait de “premiers dessins d’enfants” de Varenka et Olivier Mark qui sont psychanalystes et ont beaucoup travaillé avec les enfants et les adolescents. Ils se sont particulièrement intéressés à l’universalité du graphisme de l’enfant (qui ont fait l’objet de 2 livres : premiers dessins d’enfants et l’enfant qui se naître) et pour cela ils ont travaillé avec des mères et des enfants du monde entier.  Varenka a également accompagné de nombreux enfants autistiques.



Tout ce que va pouvoir entreprendre Julie dépendra de la qualité de son attachement. Si elle ne “s’attache” pas, Julie ne pourra ni jouer ni dessiner ni parler : elle ne pourra avoir aucune activité relationnelle. Comment s’y prend-elle ?

Imaginons Julie posée sur le ventre de sa mère ; elle vient de naître. Après un moment, son cordon cesse de battre ; on le coupe. Elle est dorénavant physiquement capable d’autonomie. Alors, spontanément, Julie rassemble toutes ses forces et rampe vers le sein ; elle a “un réflexe de fouissement” ; c’est son premier lien, hors utérus. Mais il est précaire ; elle risque encore de ne pas pouvoir quitter le monde d’où elle vient : si elle est physiquement détachée du dedans, elle n’est pas encore “attachée”  sensoriellement au dehors. 

Niko, prix Nobel et Élisabeth Tinbergen, deux spécialistes de l’éthologie animale, ont constaté que, dès sa naissance, un chevreau tète sa mère et la reconnaît sans hésitation parmi d’autres chèvres qui ont mis bas ensemble ; et sa mère ne se laisse téter que par lui. Mais s’ils sont séparés l’un de l’autre pendant un certain temps, ils ne se reconnaissent plus. Si on les met à nouveau ensemble, très serrés l’un contre l’autre dans le silence et l’obscurité, au bout d’un certain temps le chevreau reconnaît sa mère et vice versa : il tète à nouveau. Mais si le temps de séparation a été trop long, le chevreau refuse de téter cette mère qu’il ne reconnaît plus, et elle-même se désintéresse de lui.

Des séparations précoces sont parfois inévitables chez les petits d’hommes. On a fait les mêmes observations qu’en éthologie animale ; il arrive aux bébés de ne plus reconnaître ni leur mère ni personne à la suite de séparations trop précoces et trop prolongées.

Dans le ventre de sa mère, Julie vivait sans attraction ; l’utérus de sa mère la maintenait sous pression de sorte qu’elle échappait à l’attraction terrestre. Elle y était comme en apesanteur. Et, fait qui pourrait paraître étrange, la perception de cet espace sans pesanteur menace de la réabsorber si l’attirance qui provoque l’attachement ne se produit pas. Ses sens, qui ont pour effet de la retenir, doivent être stimulés par sa mère, son réflexe instinctif de fouissement n’étant pas suffisant. Il lui faut développer l’attirance. Ce qui se passe psychiquement répond aux lois qui régissent le mouvement universel ; le bébé qui ne parvient pas à s’accrocher sensoriellement est comme absorbé par un “trou noir”, semblable à ceux qui sont provoqués par l’absence de gravitation : sorte de dépression universelle.

Au tout début, dans l’esprit de Julie, sa mère et elle ne sont qu’un seul être ; quand elle reconnaît sa voix, elle se reconnaît elle-même, sa mère agit comme une sorte de miroir sonore ; elles ont vécu neuf mois d’aventure commune. Et puis, grâce à l’allaitement, aux bercements, au portage qui la rythme et aux soins répétés qu’elle lui donne, Julie commence à ressentir sa mère comme quelqu’un d’autre qu’elle : ces gestes originels permettent la différenciation. Alors peu à peu, elle se différencie sans perdre son lien originel.
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Mercredi 28 janvier 2009 3 28 /01 /Jan /2009 15:10

Voici la suite et fin de l'article consacré au mouvement interrompu ; cet article va être enrichi dans les semaines à venir d'articles et/ou extraits de livres, d'écrits concernant l'attachement, la maternité, des exemples concrets de restauration du mouvement interrompu.

Vos impresssions ou réactions sont toujours les bienvenues et j'en profite pour vous signaler qu'Édith vient de mettre un long commentaire sur son expérience de l'exercice intitulé
"prendre sa famille en soi"
http://constellations-je-nous.over-blog.com/article-23969777.html






Les conséquences du mouvement interrompu

Pour se protéger, l’enfant va se retirer en lui, se refermer, se distancier des autres. Sa souffrance est telle qu’il va devenir méfiant, se sentant facilement rejeté, abandonné, invalidé, incompris par son entourage. Il est susceptible, se contrariant facilement. Car son mouvement initial, son intention d’aller vers sa mère a échoué, a été contrarié ce qui lui cause une perte de lien, d’attention, d’amour ; le propre d’une perte est de bouleverser.

Cet enfant ne s’est pas senti accueilli, soutenu, aimé et il peut ensuite se croire et se vivre comme  une erreur, allant jusqu’à porter la honte et la culpabilité d’être né, d’avoir osé naître.
Ce qui l’amène à se couper des autres, mais ce faisant, à se couper de lui-même, de ses ressentis, sentiments et de sa Vraie Nature. En ne ressentant rien, il ne peut ressentir la douleur qui est ainsi refoulée mais ce qui le protège au moment du trauma va le détruire tant que l’incident ne sera pas terminé, c’est à dire revécu en toute conscience. Ne plus ressentir, c’est s’isoler dans un monde d’illusions, de peurs, de mort, un monde étriqué où il n’y a pas de place pour l’autonomie, l’épanouissement personnel.

Souvent, ces enfants deviennent  solitaires et ont tendance à avoir beaucoup de ressentiments envers les parents. Une rage sourde les anime, susceptible d’exploser, de façon démesurée. Rage qui est à la mesure de leur souffrance et  qui peut conduire parfois, à des comportements agressifs envers l’entourage ; beaucoup tentent de contenir cette rage dont ils se sentent coupables et qui fait d’eux des passifs-agressifs. Ils ne montrent pas leur hostilité mais peuvent aller jusqu’à couper le contact avec celui ou celle qui a causé leur souffrance.

Certains de ces enfants vont devenir contrôlants, préférant se débrouiller seuls, à leur façon ; être rebelles, en opposition, se montrer forts ou capter constamment l’attention en criant, questionnant sans cesse et répétitivement font partie de leurs stratégies. Ils peuvent développer très tôt des comportements d’indépendance qui masquent une profonde dépendance affective, un manque de lien douloureux, une détresse infinie qui fait qu’ils restent attachés à leurs parents, sans pouvoir s’en nourrir vraiment. Le simple fait de  soutenir un regard peut être une épreuve difficile pour eux, rappelant trop l’absence du regard de la mère, le manque et donc la dépendance.


Devenus adultes, ces personnes ont du mal à exprimer leur tendresse, leur affection, à se laisser toucher, au sens propre comme au sens figuré.  Elles prennent peu de risques à communiquer car communiquer, c’est accepter d’être effet de l’autre, de recevoir des concepts, des images, des sentiments. Elles peuvent se réfugier dans l’indifférence, se montrant distantes afin d’éviter toute proximité. Elles ont du mal à construire des relations profondes, préférant  ne pas s’engager vraiment, évitant le danger d’une autre rupture, d’une nouvelle perte. Le corps va refléter cette crainte de l’autre, de la blessure en étant rigide, fermé.

Ces personnes ont du mal à accueillir, recevoir , s’abandonner car, enfants, elles n’ont pas pu prendre l’amour, la sécurité, la confiance chez leurs parents, même si ceux-ci en ont témoignés ; manifester de l’amour aux autres est devenu trop risqué. Résistantes, tendues, sur le qui-vive,  elles évitent toute situation qui pourraient raviver les sensations de déception, de trahison, d’angoisse. Plus la relation s’établit, plus l’autre devient important et proche, plus le danger de voir s’ouvrir la blessure d’origine croît. Cela entraîne des blocages, des empêchements à aller   vers l’autre, vers l’existence à répétition.

Il y a des programmes de sabotage, notamment de la vie affective, qui amènent ces personnes à rompre brusquement une relation qui leur est chère, sans vraiment savoir pourquoi ou bien à ne rencontrer que des personnes qui leur font répéter des situations d’abandon ou bien à vivre de multiples relations sans pouvoir construire quoique ce soit. Ce sont des réactions inconscientes et non délibérées qui sont incontrôlables et que les personnes tentent souvent de justifier pour ne pas conscientiser la souffrance primaire.
 
Des programmes du genre “Je vais me débrouiller seul, je ne demande rien aux autres, je suis fort, je dois me battre pour survivre, les êtres humains qui me veulent du bien sont dangereux, je ne peux faire confiance à personne, à quoi ça sert, à quoi bon, je n’y arriverai pas, plus jamais cela” ont été mis en place ; la main de l‘autre qui se tend pour les accompagner, les réconforter est perçue comme un risque et l’ aide est associée à la trahison, à la douleur. Le passé conditionne le présent et le futur. Il n’y a donc pas ou peu de possibilité de vivre le moment présent.

Ces croyances devenues invisibles orientent les décisions de cet adulte blessé, le limitant dans son existence et le faisant souffrir. Plus l’incident racine est précoce, plus il est à l’origine de programmes nuisibles qui constituent les piliers de la personnalité égotique. Cela sera d’autant plus puissant qu’un incident similaire a été vécu par d’autres personnes de la lignée, du système et il y aura une confusion des expériences traumatiques.

Ces personnes ont du mal à aller jusqu’au bout de leurs actions. Réaliser une intention équivaut parfois à mourir. L’élan n’y est pas ; il y a en elles un mouvement comme un pas en avant, deux pas en arrière ou une tendance à tourner en rond qui se voient lors des placements, traduisant leurs mouvements mentaux et mettant en évidence les tendances à l’évitement, la démission, le renoncement.

Ces personnes vont connaître la dépression et leur ton émotionnel chronique est souvent bas : tristesse, chagrin, apathie, peur, panique, anxiété. Bien que certaines soient dans un désir de tout contrôler, elles peuvent ne pas savoir ce qu’elles désirent ; désirer est devenu une source potentielle de douleur, puisque la rupture a été la conséquence d’une intention, d’un désir non réalisés.

Lorsque cette dynamique se montre en constellation, c’est toujours un moment délicat pour la personne concernée. Les émotions liées à cette interruption vont être réactivées et devront être traversées : colère, haine, peur,  résistances, renoncement, tristesse, chagrin. C’est une expérience douloureuse et la  personne va hésiter, tenter d’échapper au processus, en raisonnant, en parlant d’autre chose. Elles utilisent les stratagèmes habituels, connus qui lui ont permis de survire jusque-là. Mais la souffrance ne peut disparaître que si elle est expérimentée totalement ; résister à une souffrance la fait persister.

Les personnes auront des tensions dans la nuque, le dos, des maux de tête, une respiration bloquée, autant de symptômes qui appartiennent à cet élan interrompu et qui s’amplifient lors du travail. Car ces personnes sont  confrontées à leur impuissance. Et comme le dit Alexandra Bosworth, “les plus grands dangers semblent être la perte de contrôle et l’amour et elles feront tout leur possible pour que ces deux choses ne leur arrivent plus –même si pour y arriver, elles doivent détruire ce qu’il y a de bien autour d’elles.”(3)

Il s’agit de reprendre le mouvement là où il a été interrompu, alors que la personne était enfant, bébé et cela demande du temps et une empathie totale avec ce qui se vit. La personne a besoin d’être soutenue, touchée, prise dans les bras afin de trouver la sécurité qui permette de confronter ces blocages et de voir qu’aujourd’hui elle ne sera pas abandonnée à son désarroi, seule. Expliquer ce qu’est le mouvement interrompu, en quelques mots, alors que la personne se heurte à des résistances,  permet au côté analytique, à la partie adulte de comprendre ce qui se joue et qu’il est normal, légitime même d’éprouver de la rage ou d’être totalement paniqué pour un petit enfant qui n’a plus personne pour le prendre, l’accueillir, le soutenir, le faire exister.

La restauration du mouvement interrompu fait partie intégrante du processus des constellations familiales. Mais orienter un travail sur ces liens avec la mère ou le père, comme nous le proposons dans nos ateliers et stages, est l’occasion d’aller plus en profondeur dans le traumatisme. Toute l’attention de la personne, du groupe et des accompagnants est focalisée sur ce thème ce qui permet d’extérioriser des ressentis négatifs bloqués depuis de l’incident primaire.

C’est un point essentiel pour toute personne qui souhaite se réconcilier avec elle-même, avec ses parents, avec sa propre existence. Il s’agit de se réapproprier ses propres douleurs soigneusement refoulées afin de survivre. Or, le refoulement demande beaucoup d’énergie !

Souvent la peur de revivre ces moments est beaucoup plus terrible que d’en faire l’expérience. Car l’expérience de maintenant n’est pas celle du passé, du tout petit impuissant, démuni. Celle du passé a été subie, celle de maintenant est consentie par la personne. Celle du passé a souvent laissé les protagonistes dans une rupture réciproque où la mère ou le parent référent sont désarmés devant la souffrance de l’enfant, parents réactivés la plupart du temps dans leur propre élan interrompu et les problématiques de rejet ou d’abandon de leur système.

Ainsi rétablir le mouvement interrompu est une expérience profondément libératrice qui permet d’intégrer père et mère en soi, réhabilitant ce lien indestructible entre parents et enfants, source de sécurité, de confiance intérieures et qui facilite la séparation, la distanciation et une réelle indépendance.

Christiane Perreau




Bibliographie
(1) (3) L’enfant blessé, l’enfant qui blesse  - Alexandra Bosworth
(2) Pr J-P Relier préface de Mémoire de foetus – Edmée Gaubert
L’attachement – concepts et applications Nicole Guedeney ) Antoine Guedeney
L’amour et l’enfant - Arthur Janov
Si l’enfantement m’était conté - Frédérik Levoyer
Conception des croyances limitantes dans le ventre  maternel <http://www.retrouversonnord.be/ventrematernel.htm> .














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Lundi 19 janvier 2009 1 19 /01 /Jan /2009 10:54
Bonjour,

Vous avez été plusieurs à me signaler que vous n'aviez pu ouvrir cet article et je vous en remercie. je n'ai pas d'explication et ai demandé à l'hébergeur du blog la raison de ce problème.

En attendant vous pouvez aller directement sur le blog où l'article est bien en ligne et lisible.

Je profite de ce message pour remercier les personnes ayant mis des commentaires et notamment des appréciations suite à la parution des derniers articles. votre intérêt suscite le mien et attise ma propre curiosité.

Je vous joins un texte envoyé par Hélène Blouin qui fait partie de la bilbiographie qu'elle diffuse auprès de ses élèves dans ses cours ESPERE. Si vous avez des textes qui vous ont marqués et qui traitent des constellations ou des thèmes abordés dans ce blog, je les publierai avec plaisir.

Amicalement

Christiane Perreau







D'Anne Ancelin Schützenberger
Aïe, mes aïeux!

Desclée de Brouwer. (bib. Univ).

 «Nous sommes un maillon dans la chaîne des générations et nous avons parfois, curieusement, à «payer les dettes» du passé de nos aïeux. C'est une sorte de «loyauté invisible» qui nous pousse à répéter, que nous le voulions ou non, que nous le sachions ou pas, des situations agréables ou des événements douloureux. Nous sommes moins libres que nous le croyons, mais nous avons la possibilité de reconquérir notre liberté et de sortir du destin répétitif de notre histoire, en comprenant  les liens complexes qui se sont tissés dans  notre famille».(Page couverture).

Le problème se pose pour les descendants, car le traumatisme transmis est bien plus fort que le traumatisme reçu, comme on vient de le découvrir récemment par le dosage du cortisol, dont le taux est quatre fois plus fort chez les descendants que chez les traumatisés. Ainsi les enfants des survivants de l'holocauste souffrent trois fois plus de syndromes post-traumatiques que leurs parents qui ont souffert dans le réel et y ont fait face (p.114).

Au fond, c'est toujours, depuis la naissance, le problème de couper le cordon ombilical, la différenciation de Soi avec l'Autre (la mère, la famille), le «défusionnement» que l'on doit poursuivre, difficilement le plus souvent, pour acquérir, dans cette longue filiation qui nous est transmise, notre propre identité. Il s'agit là de maturité, de devenir adulte(p. 114).

On peut arriver à différencier l'amour familial, le respect, la loyauté familiale, d'avec l'identification à l'autre, au point de vivre la vie de l'autre ou de mourir comme lui. Cela se déclenche souvent quand on pointe le syndrome d'anniversaire (p. 153).

On peut améliorer la situation en recadrant autrement, en changeant le «script de vie», de maladie et de mort, de poly-accident, ou d'échec, en script positif; la personne pourra devenir un sujet et vivre ses choix pour enfin vivre (p.152).




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Samedi 17 janvier 2009 6 17 /01 /Jan /2009 19:07
Qu’est ce qui cause le mouvement interrompu

Ce mouvement interrompu est accessible la plupart du temps par ce qui est connu des clients, des faits dont ils se rappellent ou bien qui leur ont été rapportés mais sans réellement en concevoir les conséquences sur leur comportement actuel, leur histoire. Ils évoquent souvent les incidents suivants sans en contacter la charge émotionnelle :

*une séparation courte, la maman est appelée de toute urgence à l’école car son autre enfant vient d’avoir un accident ou un proche vient de décéder et il faut partir de toute urgence, laisser le bébé chez la voisine la plus proche âgée de 85 ans qui n’a jamais eu d’enfant...
*une séparation longue ou même brève, brutale, la maman part accoucher ou est hospitalisée soudainement, le papa  part travailler à l’étranger ; l’enfant est brusquement placé dans un institut car les parents ne peuvent plus assumer ou le père est condamné à la prison, et maman doit aller travaillez maintenant ; l’enfant a une santé fragile et il est envoyé en Suisse pour s’y refaire une santé physique ou laissé dans un hôpital par des parents qui doivent repartir là où ils vivent, à l’étranger. Bien souvent, ces situations sont le lieu de non-dits ou mal-dits, dans l’urgence, dans l’incapacité des parents à faire face à la maladie ou la séparation.
*l’enfant est mis en couveuse, né prématuré ; il est enlevé à la maman rapidement pour des questions de survie et  les parents ne pouvent ni voir ni toucher leur enfant. Certains bébés et certains parents ont dû se découvrir, se regarder derrière une vitre. Le centre de pédiatrie est éloigné du domicile des parents ou des urgences ; toutes ces incidents où la vie du nouveau-né en danger vont créer des ruptures.
*une rupture parce que la mère est malade ou absente, indisponible, déprimée, une grande partie de son attention étant focalisée dans ses propres intrications.  Bien qu’elle soit présente physiquement, elle est absente psychiquement ce que perçoit l’enfant. En constellations, nous voyons ces mères qui regardent ailleurs, dans le passé, un de leur frère mort, un parent malade, une maman suicidée ou des ancêtres lointains qui ont connu un destin tragique. L’enfant n’est pas vu et la mère ne peut le faire exister.
*une absence de regard ou d’attention au moment crucial de la venue au monde peut suffire. C’est le regard, l’attention de la mère qui font qu’un enfant peut réellement s’accrocher et se sentir existant.
*une brusque rupture dans l’allaitement : la maman vient d’apprendre que le père, qui était son amant, vient de décéder dans un accident et le choc arrête la montée de lait, figeant la mère dans la détresse.
*une simple rupture dans un élan affectif en “apparence anodin” pour la mère : l’enfant a cueilli un magnifique bouquet de pissenlits et rentre heureux à la maison pour l ‘offrir à Maman qui est toute occupée à faire le souper et ne porte pas attention à ce geste d’amour. Ou l’enfant vient de se coucher et il attend en vain que Maman vienne pour le câlin du soir ou elle vient, dans la  précipitation, l’esprit ailleurs, avec des gestes automatiques, sans conscience
*une rupture prolongée, défintive parfois parce que les parents abandonnent l’enfant, soit à la naissance, soit plus tard parce qu’ils ne peuvent l’assumer, étant trop désorientés.  Ruptures qui ont des conséquences lourdes dans le développement de l'enfant et qui laisseront de profondes blessures.


Mais ces faits visibles, dont nous avons éventuellement des souvenirs, de vagues impressions prennent racine sur une douleur primaire, bien refoulée, archaïque, qui date de la conception ou de la vie intra-utérine et qui devient une cause constitutive d’ une chaîne d’incidents traumatiques similaires comme ceux qui viennent d’être mentionnés.

D’ailleurs quand les clients abordent ce sujet, souvent de manière inconsciente, ils parlent de faits récents : je viens d’abandonner ma troisième femme alors que je l’aimais et c’est la troisième fois que je fais cela, je ne comprends pas. Je n’arrive pas à rester auprès de quelqu’un d’aimant, à un moment je pars de la relation...ou j’ai peur de créer une relation ; j’aimerais bien mais je n’y arrive pas. Ce sont les faits de surface, immédiatement accessibles, qui vont orienter notre attention sur l’hypothèse d’un mouvement interrompu. L’objectif alors est de permettre au client d’aller le plus loin possible là, où le blocage s’est produit, et cela peut remonter à la conception ou la vie foetale avec des situations comme celles-ci :


*grossesses accidentelles, non-désirées ;  une mère, enceinte d’un homme qui n’est pas son mari découvre qu’elle est enceinte au moment où cet amant la quitte ce qui la panique et l’agite au plus haut point.     Beaucoup de ces enfants nés par accident croient qu’ils doivent ensuite payer pour s’être intrusés dans l’existence des parents. Ou bien la maman désire un garçon pour cette quatrième grossesse, et lorsqu’elle découvre encore une fille !!! elle éprouve une profonde déception, une grande tristesse qui l’empêchent  d’accueillir cette fille de trop.... Dont le ton émotionnel chronique deviendra tristesse.
*grossesses alors que les parents sont trop jeunes et comme des enfants qui aimeraient prendre du bon temps pour rattraper l’amour dont ils ont manqué ; ils n’ont pas la capacité à pourvoir aux besoins d’un bébé.
*grossesses pour consolider, maintenir un couple défaillant ; ce peut être une manière de garder un homme pour une mère
*grossesses pour apaiser la peur d’être seule et de manquer d’amour, pour avoir un”bâton de vieillesse”, pour avoir la famille idéale que la mère n’a pas eue
*grossesses parce que la mère a été tellement absente qu’il faut trouver du soutien chez un enfant
*grossesses pour ne pas ressentir sa propre dépression et avoir ainsi à s’occuper d’un enfant.
*grossesses pour obtenir de l’enfant l’amour que le mère n’arrive pas à obtenir de son époux.

Ainsi toutes ces situations où le foetus perçoit du rejet de la part de la mère ou bien de l’angoisse, de la dépression,  vont faire obstacle à un attachement sécure. Le ton émotionnel chronique de la mère va affecter le foetus et son devenir.

Par ailleurs, beaucoup de ces situations de rejet, de ruptures, d’abandons, de pertes, de manques ne sont que des répétitions de l’arbre généalogique. Nous allons  retrouver une similarité sur plusieurs générations de la lignée maternelle. Ainsi, le dernier né ou la dernière née est-elle façonnée par les conflits non résolus des parents  et ne peut que vivre une séquence d’élans interrompus.

Christiane Perreau
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Jeudi 15 janvier 2009 4 15 /01 /Jan /2009 18:44
Qu’est ce que le mouvement interrompu

Le mouvement du nouveau-né vers la mère est naturel, instinctif   à la naissance et si quelque chose empêche ce mouvement d’aboutir, l’enfant y reste bloqué. Ce mouvement est d’ailleurs commun à tous les mammifères. Un petit enfant qui est séparé de sa mère, pour quelque raison que ce soit, est interrompu dans son élan spontané vers celle dont il dépend physiquement, affectivement et auprès de qui il a un besoin vital de créer un lien sécure, de s’attacher pour ensuite gagner son autonomie. Ainsi plus ces ruptures se produisent tôt, et nous avons vu qu’elles pouvaient débuter dans la vie foetale, plus leur impact sera grand sur la vie physique, émotionnelle, mentale d’un enfant.

Ce mouvement est caractérisé par le fait qu’ il n’y a personne pour recevoir cette communication ce qui constitue une blessure fondamentale, primaire chez un enfant. Il y a rupture de  communication empathique, de compréhension et d’affinité. Il n’y a plus de partage de la même réalité.

C’est comme si ce mouvement tombait dans le vide, le néant et d’ailleurs c’est ce que va éprouver le nourrisson ou l’enfant, une impression de tomber dans le vide, un puits sans fond ou d’être pris dans un vortex aspirant dont il est impossible de ressortir vivant... et l’enfant se vit alors comme vide, anéanti, au bord de la mort. Il peut même alors avoir l’intention de mourir plutôt que d’éprouver une telle souffrance. Sensations dont tout son corps et son psychisme sont imprégnées et qui constituent un programme de base ; sensations qui sont à l’origine de croyances et déterminent sa personnalité ; c’est la naissance de l’égo dans la souffrance.

C’est une douleur insupportable qui fait ressentir de l’angoisse, une profonde détresse, beaucoup de panique et une impression d’abandon chez l’enfant qui perçoit son existence en danger. L’enfant se sent  impuissant et va éprouver une grande tristesse qui le conduira jusqu’à la résignation, voire l’apathie. Cela peut réellement causer la mort d’un enfant, par un effondrement de son élan vital, donc de son énergie vitale. Ainsi, ce mouvement est à l’origine de bien des névroses.

Des croyances de base sont émises alors : ça ne vaut pas la peine d’exister, mieux vaut mourir, je me referme sur moi, ne ressens plus, n’entends pas, ne bouge pas, il faut penser, etc., croyances qui restent actives tout au long du développement de la personne, tant qu’elles ne les a pas confrontées, conscientisées.

Ces ruptures dans la relation se produisent souvent entre 0 et 3 ans, là où l’enfant est dans une grande période de fragilité, de dépendance quant à sa survie émotionnelle et physique. C’est la période où l’enfant développe ce qu’on appelle l’attachement qui le lie à la personne affective de référence, en principe la mère. Ce comportement d’attachement est constitué du besoin de proximité, de sécurité, de confort, de soutien, de protection rencontré face à l’angoisse de la séparation et de l’autre.

Mais ces élans interrompus peuvent avoir des racines antérieures à la naissance, dans la période de la conception ou de la vie foetale.
En effet, "pendant les 9  mois de vie intra-utérine a lieu le bonding, c’est-à-dire le lien biologique, génétique et émotionnel qui se crée entre la mère et le foetus pendant la grossesse. Ce bonding est la base de l’attachement".(1)
"À 8 semaines se mettent en place tous les récepteurs sensitifs, sensoriels, affectifs qui feront de cet embryon un foetus percevant, multipercevant et même hyperpercevant. À partir de 8 semaines, le foetus est en interaction continue d'abord avec sa mère, puis par sa mère, et plus ou moins directement avec son environnement". (2)
Les foetus sont ainsi modelés par ce que  vivent et ressentent  les parents. Ce n’est pas parce qu’un foetus n’a pas la capacité à conceptualiser, qu’il n’a pas la capacité à avoir des sensations que son cerveau archaïque enregistre et qui façonnent son corps et son psychisme. Si ces sensations sont traumatiques, elles vont constituer une base de données propice à des développements névrotiques.

En général, ce mouvement est interrompu dans les 2 sens : l’enfant ne peut plus aller vers la mère qui ne peut pas aller vers son enfant. Nous observons dans les placements cette impossibilité  à la rencontre, parent et enfant pétris de peur, de méfiance, de blocages. Il sera alors important de donner beaucoup de sécurité au client pour lui permettre d’entreprendre ce voyage aux sources de l’élan brisé. Et il sera crucial de donner du soutien à la mère afin qu’elle puisse manifester de l’intérêt, du désir pour son enfant. Et ce soutien passe souvent par la restauration chez la mère de son mouvement interrompu vis à vis de sa propre mère, mouvement dont il est parfois nécessaire de rechercher l’origine dans la lignée de femmes.

Christiane Perreau

Bibliographie
(1) L’enfant blessé, l’enfant qui blesse  - Alexandra Bosworth
(2) Pr J-P Relier préface de Mémoire de foetus – Edmée Gaubert
L’attachement – concepts et applications Nicole Guedeney ) Antoine Guedeney
L’amour et l’enfant - Arthur janov

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Consteller

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Débusquer  identifications inconscientes, croyances limitantes,loyautés invisibles pour vivre pleinement, en conscience, notre destinée

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Je suis celui qui est avant toute histoire.

Je suis celui qui sera quand toute son histoire sera comprise et qu'elle sera dissoute.

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Ou au moins la fin d'une partie de mon histoire.

 

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Si nous regardons notre histoire toujours avec le même point de vue,
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Christiane

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